Tête à tête avec l'artiste Idan Wizen

Pourquoi poser nu ?

Poser dans le plus simple appareil : un rêve pour bon nombre d’entre nous mais qui peut paraître très intimidant. Que ressent-on lorsque l’on est sur le point de se dénuder devant l’appareil photo ? Comment cela se déroule ? Comment franchir le cap et oser ? Rencontre avec Idan Wizen, un artiste photographe qui a d’ores et déjà photographié plus de 2000 personnes.

Vous préférez lire que regarder une vidéo ?

Bonjour, je suis Idan Wizen, artiste-photographe à Paris. J’ai fondé le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon en 2009 et depuis j’ai photographié plus de 2000 personnes dans le plus simple appareil. Ces personnes qui, généralement, n’avaient jamais posé nues et jamais posé en photo tout court. 

 

Pourquoi poser nu ? 

Pour plusieurs raisons, après elles sont très propres à chacun, en fonction de leurs envies, mais je crois qu’il y a deux raisons principales qui ressortent. La première c’est vaincre sa pudeur, ses complexes, oser montrer son corps. Et puis apprendre à se regarder autrement, apprendre à s’aimer, apprendre à voir qu’on peut être beaux et apprendre à s’accepter. 

 

Comment se déroule la séance ? 

Quand les personnes arrivent dans mon studio, ce sont des gens que je ne connais pas du tout. En général, je n’ai aucune information sur eux. La première étape consiste, avant de commencer à photographier ou leur demander de se déshabiller, c’est de parler. Parler de leurs attentes, parler de leurs peurs, de ce qu’il aiment, ce qu’ils n’aiment pas. C’est un moment qui est magique, presque assez intime, souvent plus intime que la séance photo elle-même quand ils sont nus. 

Ce dialogue permet de créer un lien de confiance, de se connaître un peu mieux, moi, de comprendre leurs attentes et de faire des photos qui vont y répondre.

 

Comment fais-tu pour les faire se sentir à l’aise ? 

Je crois que très, très rapidement, au bout de quelques instants, on oublie le fait d’être nu. Pendant la séance photo je vais les guider de A à Z, je vais leur dire de tourner la tête à gauche, à droite, mettre une main par ici ou par là, rapidement on se retrouve avec des positions et des exercices qui sont assez physiques, qui ne sont pas forcément naturelles, malgré ce que les images vont donner. La nudité, elle passe totalement au second plan et c’est quelque chose qu’on oublie très rapidement. 

 

Est-ce que tu t’adaptes en fonction de la personne qui est en face de toi pour faire la meilleure photo ? 

Pour réaliser une photo, c’est un travail vraiment à deux, de complicité, de regard en fonction des attentes, et puis morphologiquement en fonction de la personne. Autant sur les positions, les postures, ce qui va bien à l’un, ne va pas forcément bien à l’autre, donc on va s’adapter en fonction du physique de chacun. Et puis, même en fonction de la personnalité de chacun, j’essaie de décrire les personnes telles qu’elles sont dans la vraie vie, de ne pas leur faire jouer un rôle, et donc j’essaie de trouver des positions, des postures qui parlent d’elles. 

Je pense qu’il n’y a pas deux séances photo qui se ressemblent sur les attitudes, sur les postures, sur tout ça. Et c’est pour ça que j’aime faire ce que je fais

 

Qu’est-ce que les modèles ressentent-ils après la séance ? 

C’est toujours délicat de parler à leur place, mais ce que j’ai comme retour d’expérience, c’est avant tout un sentiment de fierté. Fierté d’avoir réussi à le faire, fierté de s’être relâché. Fierté et sentiment de libération également. Il y a forcément un peu de stress avant et donc après on est libre. 

Et puis il y a une surprise. Ils sont souvent surpris de se trouver beaux, beaux d’une autre manière de ce qu’ils pourraient penser avant, donc de se trouver beaux autrement. C’est ce qui résume un peu leurs ressenti: c’est de la fierté, un sentiment d’accomplissement et de liberté, et puis une surprise, une agréable surprise en fin de séance.

 

Qu’est-ce que tu conseillerais aux gens qui n’osent pas venir ? 

De venir quand même ! Ils n’ont pas grand chose à perdre ! Au pire, ils vont se dire qu’ils n’ont pas été à l’aise, et ils ne vont pas se plaire en photo. Je n’y crois pas vraiment, et c’est mon expérience. 

Le plus dur généralement c’est de s’inscrire et de se dire qu’on va faire la démarche. Mais je crois que c’est comme dans la vie quand on dit à un enfant de goûter pour tester les choses. Je crois que c’est pareil pour les adultes. Il faut tester, il ne faut pas avoir peur de grand chose et il faut oser et s’aventurer. Et puis, en faisant on s’aperçoit que c’est bien plus facile que ce qu’on pense. Beaucoup de gens sont terrorisés en arrivant, et en partant ils me disent, “mais en fait, c’était rien”. Et voilà. 

Donc, allez-y, osez, sautez le pas pour vous inscrire pour venir poser dans le cadre du projet, mais aussi avec de nombreux photographes, qui existent et qui font un travail remarquable. N’hésitez pas à le faire !

 

Pour voir les œuvres d’Idan Wizen : 

www.nude-in-the-living-room.com