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La peau repensée – Idan Wizen à la galerie La Lison

La peau repensée - exposition de photographies d'art

Du 16 février au 14 mars 2023
5 rue Pierre Chausson - Paris 10

Vernissage: Jeudi 16 février à partir de 19h

A propos de cette exposition

"Une ode à la beauté des corps les plus divers, incitant à dépasser les carcans et les stéréotypes de l'esthétisme normé"

La peau repensée - exposition de photographies d'art

Raconter une histoire, sublimer le corps, devenir une toile de Maîtres… l’image du tatouage a considérablement évolué en quelques décennies. Nos sociétés modernes l’ont démocratisé et valorisé pour en faire un outil d’expression corporelle et artistique tout à fait respectable !

Aujourd’hui, 1 personne sur 5 est tatouée en France. Plus besoin de s’en cacher. Plus de raison d’en avoir honte.

A Paris, depuis son ouverture en 2006, La Bête Humaine fait figure de référence en matière de salon de tatouage. Quel meilleur lieu que la galerie d’art contemporain La Lison, antichambre de la Bête Humaine, pour accueillir les œuvres d’Idan Wizen dans le cadre de son exposition photographique, La Peau Repensée.

Depuis 2009, Idan Wizen photographie, sans casting et sans retouche, les gens de tous les jours, dans le plus simple appareil, dans une œuvre artistique dénommée Un Anonyme Nu Dans Le Salon.

Cette approche photographique est une ode à la beauté des corps les plus divers, incitant à dépasser les carcans et les stéréotypes de l’esthétisme normé. Mais c’est également une réflexion sur un être sorti de tout contexte socio-culturel. Les individus ainsi photographiés n’ont pas de vêtements indicateurs de qui ils sont au quotidien. Le décor les extirpe d’un lieu ou d’une époque. L’absence de nom nous empêche de glaner des informations. Ils sont ce que le spectateur souhaite.

Pourtant, parmi les près de 3000 personnes constituant l’œuvre d’Idan Wizen, certains, de par leurs tatouages, vous poussent et vous incitent à deviner qui ils sont ou pourraient être. Ces tatouages, marqueurs éternels sur leurs peaux nous invitent dans une autre narration, celle à la croisée de cet art corporel et du travail systémique d’Idan Wizen.

L’exposition La Peau Repensée nous propose un pudique voyage sur les corps dénudés et les peaux repensées au travers d’une trentaine d’œuvres, aussi surprenantes qu’authentiques, accessibles à l’acquisition et sélectionnées avec soin sur près de 15 ans de photographie.

H0314 - Pirata by Idan Wizen
La peau repensée - exposition de photographies d'art

Raconter une histoire, sublimer le corps, devenir une toile de Maîtres… l’image du tatouage a considérablement évolué en quelques décennies. Nos sociétés modernes l’ont démocratisé et valorisé pour en faire un outil d’expression corporelle et artistique tout à fait respectable !

Aujourd’hui, 1 personne sur 5 est tatouée en France. Plus besoin de s’en cacher. Plus de raison d’en avoir honte.

A Paris, depuis son ouverture en 2006, La Bête Humaine fait figure de référence en matière de salon de tatouage. Quel meilleur lieu que la galerie d’art contemporain La Lison, antichambre de la Bête Humaine, pour accueillir les œuvres d’Idan Wizen dans le cadre de son exposition photographique, La Peau Repensée.

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H0314 - Pirata by Idan Wizen

Informations pratiques :

Du 16 février au 14 Mars
Du Lundi au Mercredi : sur rendez-vous uniquement
Du Jeudi au Samedi : de 10h à 19h

Galerie d’art La Lison
5 rue Pierre Chausson, Paris 10

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Exposition Backstage

Backstage à la galerie Image In’Air

EXPOSITION

Backstage à la galerie Image In’Air

Du 09 décembre 2022 au 31 janvier 23

Exposition Backstage

La Galerie Image In’Air, qui se situe exactement en face du Centre Georges Pompidou, nous représentera lors d’expositions temporaires de plusieurs collections du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon. Ainsi, tous les deux mois, vous pourrez y retrouver une collection différente. Vous aurez la possibilité de choisir la photographie qui vous interpelle le plus, et ce en fonction de ses dimensions, du 20x30cm au 80x120cm.

Et nous commençons avec la collection Backstage qui suscite un vrai engouement de la part des spectateurs ! Cette collection, entièrement en noir et blanc, est une invitation au voyage dans les codes du film noir et une exploration du corps ultra détaillé, où chaque grains et aspérités de la peau ressortent, laissant parler les stigmates de chaque personne.

Nous sommes fiers de vous partager cette belle nouvelle et nous vous invitons à visiter la galerie Image In’ Air au 113 rue Saint-Martin, 75004 Paris, tous les jours de 9h30 à 21h30

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Qu’est ce qu’Un Anonyme Nu Dans Le Salon ?

INTERVIEW VIDEO

Qu’est ce qu’Un Anonyme Nu Dans Le Salon ?

Découvrez Un Anonyme Nu Dans Le Salon, un projet artistique aux valeurs humanistes

Rencontre dans son atelier parisien. Il nous présente sa démarche photographique, humaniste et engagée. Et plus spécifiquement son projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, un travail artistique qui souligne l’unicité, la beauté et la diversité du genre humain.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Rencontre dans son atelier parisien. Il nous présente sa démarche photographique, humaniste et engagée. Et plus spécifiquement son projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, un travail artistique qui souligne l’unicité, la beauté et la diversité du genre humain. 

 

Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qu’est Un Anonyme Nu Dans Le Salon ?

Un Anonyme Nu Dans Le Salon c’est un projet d’art que j’ai commencé il y a maintenant plusieurs années où je photographie différents individus dans le plus simple appareil, nus, pour essayer de montrer d’un côté leur unicité et de l’autre la diversité. J’ai photographié aujourd’hui plus de 2000 personnes sur les différentes collections. Des photos esthétisantes, sans vulgarité, sans pornographie, et qui vont être les plus authentiques possible vis à vis de chaque individu. 

 

Qu’as-tu cherché à exprimer via ces travaux photographiques ?

Quand j’ai commencé le projet, ça s’articulait autour de trois idées principales. La première c’était la place de l’esthétisme : je voulais montrer des individus, des êtres, des corps, plus jeunes, plus vieux, plus maigres, plus ronds, différents en tout cas de ce que l’industrie de la mode, de la pub nous habitue à voir au quotidien. Montrer les corps qu’on ne va pas forcément voir dans les magazines, sur les affiches de pub, et montrer que par leurs différences, par leur unicité, ils peuvent être beaux différemment, autrement, qu’avec des mensurations parfaites. Ils peuvent être beaux par un regard, par un sourire, par une attitude, par une expression. Montrer que le beau est dans l’œil de celui qui regarde, et pas dans des dictâtes de mensurations. 

Le deuxième point sur lequel je voulais travailler, c’était la place de la pudeur. On était, il y a dix ans, dans une société, qui, déjà à l’époque, allait vers deux extrêmes : d’un côté de plus en plus de pornographie omniprésente, non sollicitée, que ça soit sur les kiosques à journaux, ou sur internet ; et d’autre côté un regain puritanisme, où le corps est diabolisé, mal vu, exclu des réseaux sociaux, alors qu’il était toujours présent dans l’histoire de l’art. Je voulais entre ces deux extrêmes remontrer une nudité saine, sans érotisme, une nudité plus naturelle, celle avec laquelle, en général, on naît et on peut être toute sa vie, une nudité qui ne choque pas, juste celle qui décrit le corps. Je pensais que c’était le cas il y a dix ans, je pense que ça l’est encore plus aujourd’hui avec le regain de puritanisme très présent. Je voulais donc proposer à chacun de venir, d’oser, de défier un peu les codes, les tabous, et d’oser assumer, d’exposer leurs corps dans le plus simple appareil

Le troisième point, c’était une réflexion sur l’attirance, sur ce qui nous plait chez un être, quand on le sort de tout contexte socio-culturel. Quand j’étais adolescent, on avait beaucoup de posters de groupes de musique, de mannequins, d’acteurs, et on s’identifiait à eux. L’autre type de la photo qu’on a souvent chez soi c’est de la photographie de famille. Dans ces deux cas, on a une photo très figurative, qui nous décrit quelqu’un tel qu’on connaît. Ici, je voulais avoir une démarche un peu inverse : je voulais qu’on puisse rêver, qu’on puisse s’imaginer un être sans aucune information sur lui ou sur elle. On a ni son nom, ni sa profession, ni son milieu, ni son âge, ni ses vêtements, qui nous positionnent socialement, ils ne sont jamais neutres. L’idée c’était vraiment de pousser l’absence d’information au maximum, laisser le spectateur, le collectionneur de la photographie, rêver, imaginer derrière qui pourrait bien être cette personne. 

 

Dans le projet, on peut voir de nombreux univers totalement différents. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? 

Au fil des années j’ai voulu continuer le projet mais le faire évoluer sur le plan graphique, esthétique, rajouter un sens à chaque collection. Année après année, vous avez de différentes collections, avec un style graphique différent, avec des images différentes, qui reprennent les mêmes idées, le même concept : un individu où une seule photographie est choisie, pas de casting, pas de retouches, mais qui me laissent mettre en place des décors et des univers différents. 

Chaque univers doit me permettre de m’exprimer en tant qu’artiste, d’ajouter une réflexion sur la société actuelle, et puis de ne pas faire pendant dix ans le même éclairage, la même lumière, la même photographie, et de pouvoir changer, et de proposer aussi autre chose aux collectionneurs. 

 

Avoir l’idée, c’est une chose. Entreprendre en est une autre. Peux-tu nous raconter ta première séance ? 

La première séance c’était un peu par hasard, j’étais tout jeune, je sortais tout juste de mes études, je commençais dans la vie active, je n’avais pas encore de studio photo. Je me souviens avoir recherché un endroit où je pouvais photographier les premières personnes, et on a terminé dans le salon des parentes d’une amie, pendant qu’eux-mêmes n’étaient pas au courant, et en week-end. On a pu faire les premières photographies là-bas. Les premières personnes, c’étaient les gens qui m’ont fait confiance, des amis, des amis d’amis, qui sont venus par le bouche à oreille, alors que j’avais pas grand chose à montrer (je sortais tout juste de mes études), et qui sont venus me faire confiance, qui ont osé de se mettre à nu devant mon appareil et c’est là où j’ai pu faire les premières photographies. Ensuite, rapidement elles ont plu, j’ai eu de la chance d’avoir de plus en plus de gens qui voulaient venir poser. 

 

Aujourd’hui, comment trouves-tu tes modèles ?

Aujourd’hui ce sont plutôt les gens qui viennent me trouver via le site internet, ils entendent parler de nous via les expositions, via le bouche à oreille, via les réseaux sociaux. L’idée est qu’ils s’inscrivent directement sur le site, ils choisissent leur créneau horaire, décident quand ils veulent venir et j’en sais pas plus sur eux. Quand on ouvre la porte du studio, c’est là qu’on les découvre, leur nom, leur âge, leur profession, leur histoire, les raisons qui les poussent à venir, ce qui me permet à chaque séance qu’elle soit unique, différente, où je vais essayer de faire une photographie qui va répondre à chacun. 

 

D’où vient LE titre : Un Anonyme Nu Dans Le Salon ? 

Le titre Un Anonyme Nu Dans Le Salon, c’était pour moi la finalité du projet : acquérir chez soi une œuvre d’une personne qu’on ne connaît pas, d’un anonyme, et de l’exposer dans son salon. On m’a souvent demandé “Pourquoi dans le salon ?” Parce que quand j’ai commencé le projet, j’étais un étudiant à Paris et comme plupart des étudiants à Paris, on vit dans une pièce qui fait salon, chambre à coucher, cuisine, salle de bain, toilette, à cause des prix des loyers, et qu’on n’avait pas d’autres pièces. Dans ma tête, c’était le salon LA pièce globalement. Aujourd’hui on peut poser l’œuvre dans la pièce qu’on souhaite, voire en poser plusieurs dans chaque pièce. 

 

Et toi, tu as également posé ?

Le principe du projet est que c’est anonyme, donc peut-être, peut-être pas. Allez vous balader sur le site, allez regarder, vous verrez bien si vous me reconnaissez ou pas. 

 

Et tes proches ?

Il y en a certains qui ont décidé de venir dès le début, d’autres qui ont mis beaucoup plus de temps. Le rapport que j’ai eu à eux c’est très intéressant, car c’est toujours quelque chose de plus compliqué quand on connaît la personne, mais j’ai toujours été flatté qu’ils osent venir se livrer à moi, à vaincre leur pudeur, leur complexes. C’est quelque chose qui varie beaucoup selon les individus : il y a les gens qui ont mis beaucoup de temps à oser le faire, d’autres qui ont été toujours partants. Il n’y a vraiment pas de règle dessus. 

 

Où est-ce que tes photographies ont été exposées ?

On a eu de la chance d’avoir de différentes expositions, à Paris bien entendu, là où le projet a eu lieu, mais également aux Etats-Unis, à New York, à Miami. On était exposé à Osaka, dans pas mal d’endroits, dans des galeries, dans des lieux publics. C’était à chaque fois des grands moments, parce que pour moi la finalité d’un projet d’art c’est de faire des expositions, c’est ce que je trouve magnifique. 

Je crois que j’ai un souvenir assez ému d’une exposition à Arles, pour les Carrières de Lumière, où j’ai eu la chance de voir mes photographies projetées en grand dans d’anciennes carrières de pierre de six mètres de haut. Pourtant c’est des photographies que je connaissais, mais j’ai eu de la chance de les redécouvrir, de les voir autrement. Rien que d’y penser encore, je reste le souffle coupé. 

 

Parmi toutes ces photos, as-tu des préférences ? 

Difficile à dire, parce que j’ai quand même photographié plus de 2000 personnes. Il y en a beaucoup que j’aime particulièrement. Je les aime à la fois pour l’esthétisme, pour le graphisme, mais aussi parfois pour des histoires de modèles, mais je suis le seul à savoir, je ne les dévoile pas. 

J’aime bien me référer non pas à celles que j’aime, mais à celles qui étaient aimées par mes pairs. J’ai pas mal de photographies qui ont eu de la chance d’être sélectionnées dans des concours, qu’ont été primées, qu’ont été reconnues. Le fait que ça soit pas moi qui les aime, mais le jury professionnel me touche particulièrement et je les aime d’autant plus. 

 

Tu travailles toujours sur ce projet ?

On continue aujourd’hui de photographier au studio, même si je travaille sur d’autres projets artistiques. Il y a régulièrement des plages ouvertes pour les séances, et le projet continue, non seulement sur la production des œuvres, mais également sur les expositions, qu’on va continuer à exposer dans différents lieux, dès que possible. 

 

Que conseilles-tu aux personnes qui découvrent le projet ? 

Si vous découvrez le projet aujourd’hui, je vous dirais de prendre le temps. Dans notre société où tout va vite, où on essaie de tout regarder rapidement, c’est difficile de regarder dix ans de travail en quelques minutes. Je dirais d’aller prendre le temps de regarder chaque photographie avec attention, mettre cinq, dix, quinze secondes par photo. Prenez le temps de regarder les détails d’une courbe, d’un sourire, d’un regard, de vous laisser aller. Passez à la suivante, prenez le temps, revenez sur la précédente.

Souvent je crois, mais c’est vrai globalement, pas que pour mes photos, on prend pas assez le temps de regarder assez une œuvre d’art, de s’immerger dedans, dans l’ambiance, dans l’univers et de se laisser toucher. 

 

Hinders : ce qui nous emprisonne

INTERVIEW VIDEO

Hinders : ce qui nous emprisonne

Découvrez la série Hinders, une réflexion sur les contraintes que l'on s'impose

Nous avons tendance à penser que la société nous enchaîne, qu’elle nous impose des barrières, nous entrave et nous empêche d’être libres. Avec la collection Hinders, Idan Wizen nous parle de notre responsabilité vis-à-vis de nos enchaînements. Ses photographies nous montrent comment nous pouvons être aveuglés par nos problèmes quotidiens et comment nous arrivons à ignorer les chaînes qui nous enferment.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Bonjour, je suis Idan Wizen, artiste-photographe à Paris. J’ai créé la collection Hinders dont je vais vous parler dans cette vidéo.

 

Qu’est-ce que c’est Hinders ? Peux-tu nous expliquer le choix de ce titre ?

Hinders est une collection qui parle avant tout de la liberté. Hinders signifie en anglais “ entraves”. On a pris ce titre parce que l’on voulait parler des chaînes, souvent invisibles, qui nous empêchent d’être libres, de s’émanciper, de s’épanouir. Ce sont souvent des chaînes que l’on va s’autoinfliger, se mettre soi-même, sans forcément s’en rendre compte. J’ai voulu à travers une vingtaine de fresques de les mettre en exergue, les souligner et montrer comme chacun pouvait essayer de s’en libérer avec déjà, comme le premier pas, la prise de conscience de ces chaînes. 

 

Dans un monde où on blâme toujours la société, tu décides de reporter la faute sur nous-mêmes. Pourquoi ?

On est dans une société où il est très facile d’être victime. On va dire que c’est à cause de la société, à cause du contexte, à cause de plein de choses que l’on ne peut pas faire, que l’on n’est pas libre, que l’on est limité. Je n’y crois pas trop, je crois que justement on est dans une société relativement libre, on l’a rarement été autant : on est libre de voyager, on est libre de faire ce que l’on veut, on est libre d’être qui on veut, à quelques limites près. Et heureusement, et c’est normal. La plupart des entraves, en général, viennent de nous-mêmes : de la peur du regard des autres, de ce que les gens vont dire, de ce que l’on pense ne pas être capable de faire. Souvent, on est notre propre geôlier. On est celui qui se limite, on va souvent trouver des prétextes, dire que c’est à cause des autres, mais quand on regarde en profondeur, on sait que l’on peut le faire, que l’on a la possibilité de le faire. 

Ce que je voulais avec cette collection, c’est de parler au spectateur et lui dire qu’il est capable d’aller au-delà de ses peurs, de ses limites, de ses chaînes et qu’il est capable de les briser. 

 

Au fond, quel est le sujet principal de ces photographies ? La liberté ? 

Toutes ces photographies parlent de la liberté, liberté individuelle, mais il n’y a pas qu’une seule liberté, il en a plusieurs. La liberté au sens large, c’est un concept très beau, mais quand on va le mettre en pratique dans notre société, on a plein de libertés, qui vont d’ailleurs souvent s’opposer les unes aux autres. 

Je voulais souligner les différentes libertés : la liberté par rapport au travail, la liberté par rapport à son image et son estime de soi, la liberté par rapport à la société de consommation, la liberté par rapport à l’informatique, à la science, la liberté par rapport à la religion. On va parler de toutes ces différentes libertés, de comment on va réagir. 

Souvent, personne ne va se mettre des chaînes sur l’ensemble de ces libertés, on va se les mettre sur certains domaines, et chacun en fonction de son passé, de son vécu, de son éducation, va avoir des entraves, des chaînes qui sont différentes et qui lui sont propres. 

 

Où ont été shootées les photographies ? 

Il y a plusieurs photographies, il y a plusieurs scènes et certaines ont été réalisées dans mon studio à Paris. Pour les autres on a essayé de travailler en extérieur pour mélanger la lumière naturelle et la lumière artificielle et pour créer un univers différent – celui que vous allez voir sur la grande majorité des photos de la collection, où on est au milieu des champs. Pour ça on avait trouvé un lieu à côté de Fontainebleau, en grande banlieue parisienne, qui nous a plu par la grande luminosité qui se dégageait, par la structure et la nature du paysage et des champs qui convenaient parfaitement à cet univers onirique que l’on voulait mettre en place.

 

Pourquoi ce décor ? 

Pourquoi travailler dans les champs en extérieur ? Cela me permettait de donner une impression d’infini, de grandeur. En studio, on va toujours avoir des éléments où on est beaucoup plus limité sur les espaces. Je voulais parler du poids du monde qui pouvait peser sur chacun, dans son infinité, dans sa grandeur, à quel point chaque individu est tout petit. 

Pourquoi en champs ? Parce que l’on voulait que ça soit très intemporel, très universel. Au fond, les champs il y en a partout dans le monde, même si souvent les cultures changent, partout sur terre il y a des champs. Et puis, il y en a eu à n’importe quelle époque, en tout cas depuis très longtemps, et il y en aura certainement dans l’avenir. Donc c’était l’avantage d’avoir ce décor-là, parler d’universalité, d’intemporalité et pouvoir parler de manière générique de l’humanité, et pas forcément de notre société actuelle.

 

Que représentent les modèles ?

Les modèles pour moi peuvent représenter tout le monde et personne en même temps. Ils sont dans mon univers, dans mon imaginaire proches du héros ou, en tout cas, du héros imparfait, celui qui est au début de sa quête, qui se cherche, qui se développe, qui va affronter les différents périls. 

Ils sont, pour moi, dans l’image du roman ou de la littérature classique, ce héros tel que l’on pourrait le décrire en illustration. Ils représentent tout le monde et personne. Ils sont neutres, et en même temps on peut s’identifier à eux très facilement. 

 

Certains éléments ont été réalisés en post production. Pourquoi ce choix ? 

On associe souvent la photographie juste à une image de reportage, quelque chose qui est pris sur le moment et qui doit retranscrire la réalité. Pour moi, pas du tout. C’est une manière de dessiner, un peu à l’image des films aujourd’hui où on va créer un imaginaire grâce à la 3D, grâce aux effets spéciaux, grâce à l’incorporation. C’est un petit peu ce que je voulais faire pour cette collection. Je voulais parler de ce que j’avais en tête, de mon imaginaire, des scènes qui n’étaient pas forcément réalisables directement à la prise de vue, en tout cas pas avec les moyens que l’on avait. C’était difficile de trouver des quadruplets pour faire certaines photographies, c’était difficile de trouver un boulon géant de 12 m de haut et encore moins de le transporter. Beaucoup de choses n’étaient pas réalisables à la prise de vue, donc on a décidé de le faire un post production, de faire du montage quand c’était nécessaire, quand on n’avait pas le choix. Pour moi l’idée c’est d’apporter un sens, une image et de créer peut-être une petite dose de surréalisme et d’onirisme.

 

Peux-tu nous en dire plus à propos des tirages de cette collection ? 

Tous les tirages ont été réalisés sur le papier Hahnemühle Bamboo, je ne rentrerai pas plus en détail la-dessus, c’est un papier vraiment très texturé, très beau et qui mérite d’être vu en exposition. On va avoir des formats qui vont aller de 40 x 60 cm jusqu’au plus grand tirage qui fait 1m x 1m50, qui est une pièce unique. En tout pour tout, il y a 15 exemplaires de chaque photographie dans quatre tailles différentes. 

 

The drowning of consumption, shoes sauce

C’est une photographie qui a été réalisée en studio où on a pris le modèle et l’a mis au milieu de nombreuses chaussures que j’ai récolté autour de moi. Une prise de vue assez directe, mais qui était assez longue pour disposer les chaussures et pour les mettre en place. 

C’est une photographie qui parle bien évidemment de la surconsommation, principalement de la consommation compulsive dans laquelle on peut se noyer. C’est pour moi quelque chose de dangereux, dans lequel on peut s’enfermer, par notre société qui va nous pousser à paraître. Mais c’est à chacun d’être plus fort que ça, de s’en sortir et de consommer, bien entendu, mais avec intelligence et modération.  

 

Run worker, run!

En ce qui concerne le titre, c’était une référence un petit peu au film Forrest Gump avec Tom Hanks qui, je pense, tout le monde connaît (en tout cas, j’espère, sinon je vous invite à le voir le plus vite possible!). 

Parenthèse à part, c’est une photographie que l’on a réalisée dans les champs. Bien sûr le boulon n’était pas là, il a été rajouté en post production. Mais à part ça, tout est vrai : le ciel, le mouvement des cheveux, toute l’intensité, c’est comme si on y était. 

Elle fait clairement une référence à l’enfermement que l’on peut avoir dans son travail, en créant le lien entre le travailleur et parfois le hamster qui court dans sa cage

Comment peut-on sortir de ça quand on est malheureux dans son travail, quand on ne s’y épanouit pas, que l’on puisse en sortir, malgré la nécessité de travailler et l’absence, des fois, de solution. 

C’est toute une réflexion sur cette liberté : on est toujours libre de démissionner, de quitter son travail. Est-ce que l’on est réellement ? Dans les faits, c’est toujours plus complexe que les belles phrases qui nous disent que l’on est libre de faire ce que l’on veut. 

 

Just break it!

Just break it! c’est une photographie qui a été réalisée, bien évidemment, en post production, où on voit quatre fois le personnage féminin d’Hinders, où elle est en train de se battre avec sa propre image. Cette image est représentée par ces grands miroirs qui la surplombent, comme si c’était elle-même dans une dimension différente.

Pourquoi ? Parce que l’on peut s’apercevoir que quand on interroge les gens, leur propre image est beaucoup plus différente de celle que les autres perçoivent. On a toujours du mal à se percevoir, à se regarder tel que l’on est, aussi bien sur l’aspect physique d’ailleurs, que sur le plan de leur vie en règle générale, et sur ce que l’on est, sur ce que l’on a fait, sur ce que l’on a réalisé. Cette différence de perception est fondamentale, parce qu’en règle générale elle va nous guider vers des choix et souvent vers des choix erronés. 

L’idée de cette photo est de dire à chaque individu de pouvoir se détacher de cette image, de ce regard que l’on a sur soi qui est déformant, qui est biaisant et de pouvoir s’en libérer, en cassant les miroirs qui nous enferment. 

 

Quel est ton ressenti maintenant que tu vois ce projet réalisé ? 

Ce sont des photographies dont je suis très fier, que j’apprécie énormément et qui, j’espère, trouveront un public qui les appréciera autant que moi.

Ça n’a pas toujours été très simple, on a eu pas mal d’imprévus, que ça soit sur les prises de vue en studio, que ça soit en extérieur, même quand on s’aperçoit en post production que l’on avait certaines idées, on pensait que tout allait marcher parfaitement, et puis on s’aperçoit que c’est beaucoup plus compliqué, que c’est plus d’heures que prévu. On a eu d’ailleurs six mois de retard par rapport au planning initial sur la post-production. 

C’est un projet dont je suis fier, dont je suis heureux, et que je serai fier de présenter dans des expositions à venir. 

 

Cette collection aura-t-elle une suite ?

Non, il n’y aura pas de suite. Quand je crée un projet j’aime qu’il ait un début, un milieu et une fin. Pour moi, l’histoire sur la liberté individuelle a été racontée telle qu’elle et elle me convient bien. Par contre, j’ai d’autres travaux en cours sur d’autres projets, d’autres photos qui se rapprochent de la fresque, peut-être encore plus travaillées, plus complexes, qui sont encore en phase d’écriture, qui seront bientôt en phase de production. 

Je vous donne déjà un petit titre : ça va s’appeler We Tomorrow

 

 

Singularity : la collection où les anonymes ne sont pas seuls

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Singularity : la collection où les anonymes ne sont pas seuls

Idan Wizen nous livre les détails de la collection Singularity

Le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, mis en place en 2009, regroupe différentes collections. Singularity. Un univers, plongé dans la pénombre, à la croisée du théâtre et du cinéma. Des mannequins de vitrine au regard perturbant. C’est de cette collection à l’univers sombre et intriguant que le photographe Idan Wizen va nous livrer les détails.

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Tête-à-tête avec l’artiste Idan Wizen

Bonjour, je suis Idan Wizen, artiste photographe. Je vais parler aujourd’hui de la collection Singularity, qui est la dernière collection du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon. En résumé, très rapidement Un Anonyme Nu Dans Le Salon, c’est un projet qui a commencé en 2009 et qui est là pour parler de la diversité et l’unicité du genre humain. Un projet qui propose à chacun de venir poser dans le plus simple appareil, peu importe son âge, peu importe sa corpulence, peu importe son physique ou son expérience. Et on va conserver une photographie de chaque être pour en faire une œuvre d’art.

 

Peux-tu nous expliquer le choix de ce décor ?

La collection Singularity, elle a commencé en octobre 2021 et elle est toujours en cours à l’heure où je fais cette interview. C’est une collection qui est basée sur des rideaux noirs en damassé, comme vous avez juste à côté de moi. Il va y avoir plusieurs couches, trois couches de rideaux qui vont nous permettre d’avoir une profondeur, donner une perspective particulière à la photo. Il y a toujours sur les photographies des mannequins de plastique noir comme il y a derrière moi, qui vont venir habiller ou en tout cas entourer le modèle et donner justement un sens différent et plus profond. Et puis c’est une photographie qui est réalisée à l’aide de quatre flashs de studio, qui va nous donner des lumières très marquées, assez douces et en même temps plutôt inquiétantes, avec des orientations lumineuses qui viennent derrière les rideaux et qui laissent l’imaginaire avoir sa place pour se demander ce qui peut se passer derrière ces rideaux.

 

Pourquoi as-tu choisi d’intégrer des mannequins de vitrine dans cette nouvelle collection ?

La présence des mannequins, pour moi, je l’ai trouvé très intéressante, parce qu’elle permettait de donner des sens multiples aux photographies. C’est ici toute l’idée de cette collection, laisser libre cours à l’imaginaire et à l’interprétation du spectateur. Ces mannequins peuvent représenter beaucoup de choses en fonction de la photographie, mais également en fonction du spectateur. Ils peuvent représenter l’archétype du corps idéalisé, parfait. L’aspiration du modèle à être ce mannequin sans imperfection apparente. L’espoir, l’envie ou le désir vers le sexe opposé ou vers le même sexe. Il peut représenter également le jugement sociétal, le regard d’autrui. Et puis également, on est encore dans une phase où on est à peine sorti des confinements des isolements, le rapport à l’autre, le rapport aux autres, plus globalement. C’est quelque chose que j’ai voulu de très métaphorique. De très évasif et de très onirique.

 

Pourquoi avoir choisi d’habiller cette collection avec plusieurs couches de rideaux imposants ?

Généralement, quand on est sur un plateau photo. On va travailler sur une seule couche, on va avoir un fond d’une couleur unie. Alors, blanc ou noir, on peut travailler sur différentes couleurs. Éventuellement quelque chose de texturé. Mais souvent, ce n’est qu’avec un seul arrière-plan. Ici, j’ai voulu concevoir et penser la collection avec trois niveaux de rideaux, qui pouvaient passer au premier, deuxième et troisième plan, devant le modèle, derrière le modèle et pouvoir jouer avec ces espaces. L’idée, c’était de laisser des zones d’ombres, non pas uniquement au sens de la lumière, mais au sens du questionnement, de ce qu’il pouvait y avoir derrière. De là, où on pouvait regarder le modèle, de là où pouvaient surgir les mannequins. L’idée, c’était de donner une profondeur différente et de pouvoir permettre au spectateur d’interpréter différemment, encore une fois, de donner plusieurs sens à chaque photographie.

 

D’où viennent ces objets ?

Les objets dans la pièce, pour la petite anecdote, ont été récupérés dans l’appartement d’une vieille femme qui est décédée. C’était la voisine d’un ami qu’il ne connaissait pas, moi non plus et qui n’avait pas d’héritier, pas de descendant. Et ces éléments allaient partir encombrants. Ce qui m’a plu, c’est que cette femme habitait dans cet appartement depuis plus de 60 ans et donc ces éléments, son appartement, c’était un véritable cabinet de curiosités. Des choses qui avaient vécu, qui avaient une histoire, que je ne connaissais pas et j’ai voulu les récupérer pour leur donner une deuxième vie, pour les réintégrer, leur donner une nouvelle vision des choses dans ces photographies.

 

Pourquoi avoir appelé cette collection Singularity ?

Pourquoi j’ai appelé cette collection Singularity ? Parce que ce paradoxe m’a plu. Singularity, on comprend facilement en français, la singularité. On entend, on imagine, quelque chose de singulier, d’unique, d’indissociable. Et pourtant, c’est un mot qui, en fonction des domaines dans lequel on parle, a énormément de sens différents. En physique, en mathématiques, en biologie, en sociologie. C’est un mot, au fond, qu’on connaît tous, qu’on ne maîtrise pas forcément et surtout qui va changer de sens en fonction de son contexte. Et c’est ce qui m’a plu. C’est exactement ce que je voulais dire et exprimer avec chacune des photographies de cette collection.

 

Est-ce qu’il y a une opposition entre l’ambiance du projet et cette collection très sombre ?

Je crois que la joie, elle ne s’exprime pas forcément de manière très expressive ou en criant. Je crois que j’aime la mélancolie. Dans cette collection, en fait, on va vraiment chercher au fond de soi, dans son inconscient, dans son subconscient, les ressources, le pourquoi, le questionnement vis à vis de soi-même, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de son corps, vis-à-vis de la nudité. Ce n’est pas forcément quelque chose qu’on va exprimer de manière très vive et très visible. J’ai des collections que j’avais envie de travailler justement sur des choses beaucoup plus expressives, beaucoup plus fortes comme la collection Artificial Nature que vous pouvez découvrir sur le site. Mais sur cette collection, je parlais d’un état d’âme, d’une envie, d’une interprétation. Et au fond, on est dans le questionnement et sur les émotions, sur les ressentis des modèles, mais également du décor et de l’ambiance. On reste dans le questionnement, on reste dans quelque chose de très doux, de très mélancolique, de très onirique, où on va dans la subtilité.

 

L’ambiance mélancolique de Singularity a-t-elle un rapport avec la société actuelle ?

Oui, je pense qu’on est dans une société, on va dire pré post Covid-19, on commence à en sortir, mais pas totalement. Et je crois que beaucoup de choses ont changé. Les gens se sont retrouvés très seuls. Ou en tout cas, ça a parfois brisé des familles, des liens. Ça a été une épreuve pour tout le monde. Je ne parle bien entendu pas de l’épreuve sanitaire à proprement parler, des gens qui ont énormément souffert, voir qui sont décédés. Mais je pense à tous ceux qui étaient en bonne santé et qui ont vécu un confinement, un isolement, un couvre-feu. C’est quelque chose qui, je pense, a profondément changé les gens. On verra comment ça évolue, si tout reviendra comme avant. D’ici à quelques années. Mais je pense qu’il y a eu un grand changement chez les jeunes, principalement. Un rapport à son moi intérieur qui est différent.

 

Est-ce qu’il y aurait des photographies dont tu voudrais nous parler ?

Une photo dont j’ai envie de vous parler, c’est la photo HB2296. C’est une photo que j’aime beaucoup, pas forcément de par ma responsabilité, mais en grande partie grâce au tatoueur qui a travaillé sur le dos de cette jeune femme. Je trouve que ça se marie parfaitement bien avec les rideaux, avec  l’ambiance. On a presque l’impression, quand on la regarde de loin, que c’est de la post-production qu’on a rajouté ces tatouages et qu’ils avaient le même motif que les rideaux. Elle se fond parfaitement dans ce décor. Elle est là, très évasive. On y voit à peine son visage, et voilà, elle me parle et me permet de rêver, d’aller ailleurs. Voir une œuvre d’art dans une œuvre d’art, je trouve ça toujours magnifique. Quand on pense à photographie de nu, on pense souvent à l’érotisme, la sensualité. Quand on regarde mon travail, on va plutôt regarder un travail descriptif sur le corps, sur l’humanité.

Une autre photo dont j’ai envie de parler aujourd’hui, c’est du HB2332. C’est une photo qui parle avant tout de la solitude, de la détresse sociale, de montrer à quel point dans notre monde hyperconnecté, on est tous en contact avec des personnes à l’autre bout de la planète, via les réseaux sociaux. Au fond, on peut être très seul. C’est ce que j’ai voulu exprimer dans cette photographie, où cet homme qui est là, au pied de cette femme. Qui est presque là, à la supplier, lui demander, est-ce que c’est pardon ou à l’aide ça, sera encore une fois de plus au spectateur d’imaginer, de voir ce qu’il a envie d’y voir au fond. Mais c’est quelque chose qui me plaisait au fond de parler, d’avoir envie de parler d’autre chose que du corps et de l’être, et parler plus au fond d’un être social sur cette photo. Un sujet qui me tient vraiment à cœur dans l’ensemble de mon travail. Que ce soit sur le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, ou sur mes autres collections et mes autres travaux artistiques, c’est le thème de la liberté. C’est quelque chose qui me tient à cœur, qui me questionne et m’interroge beaucoup.

Il y a encore une photo dont je voudrais parler, c’est HB2349. Elle parle justement de la liberté, de cette apparence de libération. On voit cette jolie jeune femme jetée ses cheveux en arrière, sortir de sa zone de confort et pour aller vers l’avant. Mais en même temps, quand on regarde en détail, on voit qu’elle est bloquée. Elle est bloquée par les anses de la chaise qui l’empêchent de sortir. Elle est bloquée parce qu’elle ne lâche pas la main du mannequin. Est ce que c’est sa mère ? Est-ce que c’est l’opinion publique ? Est-ce que c’est le regard d’autrui ? En tout cas, il lui reste une attache. Elle ne peut pas totalement s’en aller ou s’échapper. Elle croit être libre, mais il lui reste quelque chose qui la retient.

La collection est en cours, mais est-elle déjà disponible à l’achat ?

Oui, vous pouvez dès à présent commander les premiers tirages de la collection. On n’attend pas de finir la collection pour les proposer à la consultation,
à la publication et à la commande, pour plusieurs raisons, y compris économiques. Voilà, j’ai même tendance à dire que je pense que les meilleures photos, principalement dans les plus petits formats, partent très vite. En général quelques jours après leur publication, donc n’hésitez pas à suivre le site, à suivre les newsletters pour voir quand il y a de nouvelles photographies publiées. Et puis vous laissez tenter si vous avez envie.

 

 

 

 

 

 

 

À la rencontre d’Idan Wizen

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À la rencontre d’Idan Wizen

Idan nous parle de son parcours et son histoire

Être un artiste au XXIème siècle n’est plus une chose facile. Les médiums d’expression se multiplient, et les idées aussi. Comment réussir à s’exprimer et se différencier dans la société d’aujourd’hui qui nous submerge de flux d’informations permanents ? Artiste photographe dans la capitale française, créateur d’idées novatrices et sans peur d’expression. Portrait d’un photographe humaniste et engagé sur le thème de la liberté.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Bonjour, je suis Idan Wizen, photographe plasticien, principalement basé à Paris. Je travaille aussi bien pour la photo de pub, de mode, mais avant tout je fais de la photo d’art. J’ai fondé en 2009 le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, qui existe toujours ; et depuis pas mal d’autres projets artistiques, que vous pouvez découvrir à travers les expositions, sur mon site internet.   

 

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir artiste ?

J’ai compris ça assez tardivement. J’avais toujours envie d’exprimer mes convictions, mes idéaux, interagir avec les gens, les pousser à la réflexion. J’ai toujours voulu éviter le conflit ou le débat politique, qui souvent est très dur, et qui laisse les personnes ancrées sur leurs positions. Ce que j’aime avec l’art et l’art visuel, c’est la capacité de toucher l’inconscient, toucher subtilement, de manière onirique, de manière esthétique les gens, les pousser à des réflexions et à comprendre le point de vue de l’autre.  

 

Pourquoi avoir choisi de t’exprimer à travers de la photographie ?

Si j’ai choisi la photo, c’est parce que rapidement en commençant à dessiner, je me suis aperçu que je ne pouvais pas faire autre chose que de l’art abstrait, même quand je le voulais pas. La photographie a rapidement été pour moi un outil utile et pratique. En commençant à photographier, j’ai rapidement compris qu’on n’était pas obligé de photographier le réel, mais qu’on pouvait aussi créer sa propre réalité et je trouve là tout l’intérêt de la photographie. 

 

Est-ce que tu as eu besoin d’une formation technique pour apprendre la photographie ?

La photographie, je l’ai appris principalement en autodidacte, en tout cas que la partie technique. A côté de ça, j’ai fait des études en université d’Art de Londres, là où j’ai le master. Dans cette université j’ai appris la composition, l’œil du cadrage, mais surtout la créativité, à prendre, à organiser et à transmettre ses idées. Je crois que c’est fondamental quand on veut faire de l’art. Ensuite, la technique on l’apprend, et la technique en elle-même n’est pas extrêmement complexe, on y arrive facilement. 

 

Devenir artiste, c’est quelque chose que tu as toujours souhaité ?

Non, pendant très longtemps je ne pensais pas à être artiste, je n’étais même pas certain que ça pouvait être un métier, et que ça pouvait être le mien. J’avais avant tout envie et besoin de m’exprimer, et c’est venu sur le tard, quand j’ai fait mes premières images, qu’elles ont plu, et que je me suis aperçu que je pouvais en faire ma vie. 

 

Quels sont les idéaux que tu exprimes à travers de tes différentes projets artistiques ?

Ce qu’on va retrouver dans mes projets artistiques comme le fil conducteur, c’est le concept de liberté. La liberté individuelle qui me semble être au cœur de mes travaux. C’est souvent une liberté sur laquelle on ne se bat plus contre autrui, qui fait nous priver de liberté, mais contre nous-mêmes, où on va être victime de ses propres chaînes, de ses propres enfermements. C’est pour moi un travail clé dans mon art, dans le fait que chacun puisse s’épanouir, grandir, se libérer, en affrontant ses propres peurs. Plus généralement, j’ai envie de pousser le spectateur à la réflexion, se remettre en cause sur des idées préconçues et comprendre l’opinion d’autrui qui peut être différente, et de faire réfléchir, d’être un élément déclencheur, sans être dans le frontal, abrupt, mais plutôt par l’accompagnement, par la discussion, par le regard. 

Ce qui est intéressant avec l’œuvre quand on la regarde, ce qu’on a pas d’idée conçue, bien précise, comme un discours politique, mais on a quelque chose qui va pousser à la réflexion, qui va faire évoluer petit à petit le spectateur. 

 

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Je m’inspire bien entendu de grands artistes que j’admire énormément, comme David Lachapelle, Jill Greenberg, Brooke Shaden, ou encore Sacha Goldenberg, mais pas uniquement. Je m’inspire également de toute la pop culture, qui va de Tolkien, en passant par le glam rock des années 70-80, jusqu’à aujourd’hui aux Marvels et Star Wars. Je crois que le monde qui nous entoure est une source d’inspiration en permanence, je vais y trouver des références dans ce que j’aime, mais plus globalement je m’inspire beaucoup des débats politiques et sociologiques de notre société, qui la traverse aujourd’hui, et qui est une source d’inspiration, de réflexion pour moi. 

 

En ce moment, tu travailles sur un projet en particulier ? 

Je suis aujourd’hui en pleine écriture d’un projet qui s’appelle We Tomorrow, qui est un peu le projet de futurologue, où j’essaie d’imaginer ce que l’homme sera dans des décennies à venir. L’homme et plus généralement les sociétés qui composent l’humanité. Et puis, je travaille toujours sur la mise en place des expositions, aussi bien d’Un Anonyme Nu Dans Le Salon, que d’autres projets comme Into The Box, The World We Left Them, ou bien entendu Hinders.

 

Comment est-ce que tu définirais l’Artiste du XXIème siècle ?

Je crois que j’aime bien me battre contre l’idée que l’artiste c’est forcément un marginal, quelqu’un qui vit différemment, autrement. Je ne pense pas. J’ai une vie assez simple, j’aime passer du temps avec mes proches. Pour moi un artiste c’est avant tout quelqu’un qui doit exprimer un discours libre. On est dans une société où tout est très policé, personne n’aime prendre le risque : les politiques qui ont peur de perdre leur électorat, et qui donc vont toujours rester dans un politiquement correct (c’est le cas de le dire). Mais c’est vrai également de plus en plus pour des entreprises, pour les médias, pour les journalistes, où on a l’impression que tout devient plus censuré, on a beaucoup de mal. 

En étant artiste on est totalement indépendant, on peut exprimer réellement ce qu’on veut, on est réellement libre d’essayer de passer ses messages. On a toujours besoin des médias, d’entreprises qui vont nous permettre d’exposer ; et il faut se battre contre cette censure et laisser libre court à des idées différentes, à ne pas être dans un monobloc des pensées.

 

Comment est-ce que tu vis les différents retours que tu as de la part de tes interlocuteurs ?

J’aime beaucoup l’échange avec le public, c’est quelque chose de fondamental qui me permet d’améliorer mon travail en permanence, de comprendre d’autres points de vue, de progresser. 

Je l’aime dans les expositions, sur les dialogues, mais je crois que l’apprécie particulièrement à l’écrit, via des mails, parce que l’écrit nous laisse le temps d’avoir un discours plus réfléchi, plus profond. C’est vrai que j’entretiens avec des admirateurs, des collectionneurs, des gens qui me suivent des relations épistolaires depuis des années, qui sont vraiment intéressantes. J’essaie de mettre un point d’honneur de répondre à toutes les personnes qui m’écrivent, pour répondre à leurs questions, leurs réflexions, leurs remarques, qu’elles soient positives ou négatives. 

 

 

Comment tout a commencé ?

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Comment tout a commencé ?

Genèse, la première collection du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon. Idan vous parle de ses inspirations et de ce qui l'a poussé à continuer.

C’est avec la collection Genèse que l’artiste Idan Wizen a débuté son projet Un Anonyme Nu Dans le salon en 2009. Son Idée ? Transmettre au travers de ce projet une réflexion sur la place de la nudité et du corps dans la société d’aujourd’hui. Cette collection en noir et blanc teintée de rouge, nous montre des corps de différents âges, différents horizons avec pour but de montrer la beauté et la diversité du corps humain.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Bonjour, je suis Idan Wizen, artiste photographe à Paris. J’exerce ce métier depuis 2009 où j’ai commencé avec un projet qui s’appelait Un Anonyme Nu Dans Le Salon. Aujourd’hui, justement, je vais vous parler de la genèse de ce projet et de mes premières photographies.

 

Peux-tu nous décrire ton projet ?

Un Anonyme Nu Dans Le Salon, c’est un projet artistique qui a débuté en 2009, qui a pour idée de photographier l’humanité dans le plus simple appareil. Chaque être vient poser individuellement, sans casting, sans retouches, sans artifices. Et aujourd’hui, j’ai photographié plus de 2500 personnes. Des photographies que vous pouvez retrouver en ligne dans différentes expositions et sur mon site.

 

Comment est-ce que tout a commencé ?

Je terminais mes études, je revenais à Paris, j’habitais juste auparavant à Londres où j’ai terminé mes études et j’avais encore un peu de temps. J’avais envie de parler de plusieurs choses, j’avais envie de parler de la place de l’esthétisme dans la société. Je trouvais qu’à l’époque, c’est moins vrai aujourd’hui, qu’on était vraiment figé sur un seul stéréotype de corps. Des mannequins retouchés, retravaillés pour un magazine. Je trouvais que le beau pouvait être dans d’autres types de corps : chez l’homme, chez la femme, chez les personnes plus âgées, sur des rondeurs, sur plein de choses différentes.

Je voulais parler également de la place de la pudeur. J’avais le sentiment qu’on allait vers deux extrêmes. D’un côté, une pornographie omniprésente, souvent non sollicitée, sur Internet, sur les kiosques à journaux. Et en même temps un regain de puritanisme, de diabolisation du corps, comme si c’était mal de le montrer, qu’il y avait quelque chose de dérangeant. Et puis un dernier point, une réflexion, que je me posais sur l’attirance, sur ce qui nous plaît chez un être, quand on le sort de tout contexte socioculturel, quand on a plus son nom, qu’on a plus son âge, qu’on a plus sa profession. Qu’est ce qu’il nous plaît chez un être et qui fait qu’on le souhaite en petit, en grand, très grand chez soi, le regarder, l’admirer, et justement, se raconter une histoire. Cette histoire, j’ai voulu la raconter avec le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, où j’ai essayé de photographier des gens, sans casting, ils n’étaient pas choisis, peu importe leur physique, et d’essayer de transformer chaque être en une photographie d’art, une photographie que les autres allaient pouvoir regarder, admirer et apprécier. Puis ça a commencé par hasard, je me souviens, assis dans un café avec une amie, à parler et à mettre les choses en place. Et puis rapidement, on a décidé de lancer une première journée où je vais faire un maximum de shooting pour commencer à avoir de la matière. Alors personne ne me connaissait. Je n’avais jamais travaillé professionnellement dans le domaine de la photographie. Je sortais juste de mes études et c’était un vrai challenge qui allait s’annoncer à moi.

 

Comment s’est déroulée ta première séance ?

Les premières photos, c’était quelque chose d’assez cocasse à faire, plutôt amusant. Je n’avais pas de moyens, je n’avais pas de studio photo et je n’avais même pas un appartement suffisamment grand pour pouvoir faire les photos. Donc la première chose a été de trouver un lieu. La plupart de mes amis étaient étudiants ou avaient un boulot étudiant, à Paris, forcément avec des pièces limitées. Donc, on a été dans l’appartement des parents d’une amie qui eux avaient un plus grand salon, mais surtout, ils n’étaient pas au courant qu’on allait faire des photos. On n’a rien voulu leur dire. Je me souviens encore attendre en bas de l’immeuble avec tout le matériel, le font qui fait 2,72 m de long. Attendre qu’ils sortent de l’immeuble et qu’ils partent en week-end, pour pouvoir rentrer et m’installer, justement, dans leur salon. Voilà cette première séance. Les personnes qui sont venues, étaient principalement des amis, des amis d’amis, des gens qui m’ont fait confiance, des gens qui n’ont pas forcément vu mes photographies qui ne savaient pas à quoi ça allait ressembler, qui n’avaient pas d’idées, mais qui m’ont fait confiance. Et pour ça, encore aujourd’hui, je les remercie et je les remercie vraiment de la confiance qu’ils m’ont fait, ça m’a permis de me lancer et de commencer ce projet.

 

Quelles étaient tes premières difficultés ?

La première difficulté, était, je crois, avoir confiance en mes photographies, me dire qu’elles pouvaient être bonnes, qu’elles pouvaient plaire. C’est quelque chose dont on doute toujours. Je n’avais pas d’expérience, je n’avais pas de reconnaissance, donc ce n’est pas facile d’oser les montrer, les publier et de dire : regardez, c’est quelque chose que je vends et qui mérite d’être vendu. J’ai toujours trouvé ça très difficile de savoir si c’était suffisamment bon, suffisamment qualitatif. Puis la deuxième difficulté, c’est de se faire connaître. Se dire qu’on va les publier, c’est une chose. Mais faire en sorte que des gens les voient, des gens s’intéressent, des gens les comprennent. Elles plaisent justement. C’est aussi une autre, une difficulté qui demande du temps, du travail et de l’abnégation.

 

Quelle était la réaction de ton entourage et du public ?

Je crois que mon entourage était au début un peu sceptique. Ils ne savaient pas trop ce que j’allais faire et pourquoi. Mais globalement, ils m’ont toujours soutenu, ils ont toujours cru en moi, et c’est ce qui m’a permis de continuer à avancer, parce que sans un entourage qui soutient, c’est toujours difficile de rentrer dans un milieu artistique et de pouvoir faire son travail, le développer, et y croire. Le public, forcément, on a toujours un regard biaisé sur le public, parce que je n’ai pas les gens qui s’intéressent pas. Je n’ai pas les gens qui passent à côté sans rien voir. Cela ne viennent pas me parler, mais la réaction du public était relativement bonne, on m’a proposé extrêmement rapidement une première exposition, puis une deuxième, et tout s’est enchaîné très rapidement et s’en est devenu mon métier, mon activité principale en seulement quelques mois.

 

Qu’est-ce qui t’a motivé à continuer le projet ?

Alors j’aimais bien dire au début, pour continuer le projet, que je voulais photographier 6 milliards de personnes. Le challenge était peut être un peu élevé, je l’ai revu un petit peu à la baisse. Aujourd’hui, je dis toujours que j’ai envie de continuer tant que j’ai l’impression d’apporter quelque chose par des nouvelles photographies. Tant que j’ai l’impression d’être créatif, de faire des photographies qui parlent, qui sont neuves, qui sont différentes. J’ai envie de continuer, j’ai envie d’apporter. J’ai envie de pouvoir proposer justement aux gens qui me suivent, que ce soit sur le site ou sur les réseaux sociaux, les collectionneurs, leur proposer des nouvelles photos qui vont leur plaire. Et puis, c’est aussi un vrai plaisir à chaque fois d’échanger, de rencontrer des nouvelles personnes. Des gens qui ont leurs peurs, leurs inquiétudes, leurs questionnements, les aider, les accompagner dans cette démarche, c’est devenu, aussi, quelque chose de fort et d’intense et qui est vraiment fondamental dans un travail créatif.

 

Pourquoi avoir fait une seconde collection avec un univers graphique différent ?

La collection Genèse, elle comprend 100 photographies qui se sont réalisées sur un fond noir, en noir et blanc teinté. Et au bout de 100 photographies, j’ai eu envie de changer. Je n’avais pas envie de changer le projet. Je n’avais pas envie de changer l’idée même, cette idée justement de parler de l’esthétisme, de la pudeur, de l’attirance. Cette idée qui parlait justement du corps sans retouches. Mais j’ai envie de le montrer différemment. J’avais envie, graphiquement, d’évoluer, de travailler sur mes lumières, sur mon décor, sur mon éclairage, tout en gardant ce qui était essentiel pour moi : le modèle. Et donc j’ai travaillé sur une seconde collection, la collection Persévérance. Où je photographie également 100 personnes sur ce fond rouge très vif qui allait justement se percuter et être un impact fort pour le spectateur.

 

Peux-tu nous parler de trois photos qui te touche particulièrement sur cette collection ?

Trois photographies dont je vais vous parler, ce n’est pas facile puisque sur la collection Genèse, il y en a beaucoup, beaucoup qui m’ont marqué, beaucoup qui m’ont touchée, beaucoup et qui ont une histoire particulière. Forcément, c’était mon début mais on va dire que la première dont je vais vous parler, c’est la photographie, H023, qu’on a choisi de mettre juste ici. C’est une des premières photographies avec un homme vraiment âgé, en tout cas beaucoup plus âgé que moi, surtout à l’époque, qui m’a touchée justement. Il y avait ce regard, un regard presque d’un fils à son père. On a beaucoup discuté et beaucoup échangé avant. C’etait quelqu’un que j’ai beaucoup apprécié. J’ai eu l’occasion, en plus de le revoir à plusieurs reprises après la séance, et qui avait vraiment un regard authentique, comme un sage qui venait me donner conseil et en même temps se livrer et me passer une sorte de flambeau. C’est une photographie que j’aime beaucoup. Et puis il n’y a pas que moi, on a eu la chance qu’elle soit primée, qu’elle ait eu un prix quelques années plus tard. En tant que Photoshoot Award, c’était mon premier prix, ma première photo qui a eu un prix international. Donc j’étais vraiment touchée par cette photo. Elle m’a beaucoup marqué. Et puis, je me souviens dès que je l’ai publié, rapidement nombreux amis, aux nombreuses personnes qui me suivaient à l’époque. m’ont tout de suite dit que celle là sortait du lot.

Et d’autres photographies dont j’ai envie de vous parler. C’est F023. Cette photographie elle m’a pas mal parlée parce que je pense qu’elle a beaucoup joué dans ce que j’ai fait plus tard. C’etait une photographie où le regard, le visage était au premier plan et le corps au second plan. Et en fait, c’est un peu paradoxal de prendre cet angle de vue quand je disais que je faisais de la photo de nu. Généralement, on va prendre le corps et puis le visage va être posé au dessus des épaules. C’est souvent la première logique. Ici j’ai pris justement un autre axe. J’ai photographié une personne. J’ai photographié ce que j’ai commencé à faire à ce moment là, c’est à dire : un portrait de personne nu, et j’essayais de garder toujours ça en tête. Depuis plus de dix ans maintenant, c’est une photographie qui me touche encore aujourd’hui et beaucoup par son sourire, son regard, son attitude.

Un moment qui m’a particulièrement touché également. C’était une photographie avec F024. C’était une jeune femme que je ne connaissais pas du tout. Elle s’est présentée à moi, on a discuté, on a échangé. Mais si vous regardez bien la photographie elle a une grande cicatrice qui traverse sa cage thoracique. Et cette cicatrice, je l’ai découvert en fait au moment de l’arrivée sur le fond, où elle était nue. Et on n’en avait pas parlé du tout avant ça m’a un peu surpris, je ne m’y attendais pas et en discutant après avec elle, elle me disait que cette cicatrice faisait tellement partie d’elle, qu’elle avait oublié de le mentionner. Et j’ai trouvé ça beau, j’ai trouvé ça fort, je trouvais ça touchant, et je trouvais que ça méritait d’être vu, d’être mis en avant de l’avoir justement oublié de la sorte.

 

Pourquoi s’être limité au format 40x60cm pour la collection Genèse ?

La collection Genèse, c’est une collection que j’ai voulu faire en huit exemplaires, dans deux formats, un format 20×30 cm et un format 40x60cm. C’est vrai qu’aujourd’hui, je me permet de faire des tirages qui sont beaucoup plus grands, beaucoup plus imposants. Mais à l’époque, je ne pouvais pas. Pour deux raisons très simples, la technique, Les appareils photo permettaient pas de faire la même chose qu’aujourd’hui. C’était en 2009. Il existait des appareils photo qui étaient capables de faire des grands formats. Mais en tout cas, moi, je n’avais pas les moyens financiers à l’époque d’acheter un appareil comme ça. Donc je travaille avec un petit appareil réflex qui permettait de tirer jusqu’au 40x60cm. Et au dessus, je trouvais que ça commençait à pixeliser. Donc je me suis arrêté là, et tout simplement, c’est des photos qui ne pourront pas exister dans un format plus grand, si ce n’est à perdre un petit peu en qualité.

 

Est-ce que le matériel est important pour un projet de photographie d’art ?

L’importance du matériel en photographie ? Oui et non. C’est une question qu’on pose rarement à un peintre ou un sculpteur, ou en tout cas beaucoup moins. Ça tombe beaucoup souvent au sujet de la photographie, comme si c’était l’appareil photo, l’éclairage, le type de flash, la marque de l’objectif qui allait tout faire. Je crois que c’est souvent annexe. Avant tout, le matériel, la technique permet justement d’apporter uniquement sur la forme, et pas sur le fond. Le fond est fondamental en amont. Et je crois que c’est surtout en photographie d’art. C’est ce qui va faire le cœur de la photographie. Donc c’est important d’avoir le matériel qui va vous permettre de réaliser ce que vous avez en tête, ce que vous avez envie. Mais je pense qu’on peut trouver plein de solutions créatives pour faire des choses différentes. Si on n’a pas les moyens d’avoir une telle lumière, un tel boîtier ou un tel objectif et qu’au fond, il faut savoir faire sans, il faut savoir s’adapter et savoir réaliser autrement. Si l’idée est là, si l’intention est bonne, le reste a une importance vraiment moindre.

 

Est-il toujours possible d’acquérir une photographie de la collection Genèse ?

Oui , c’est encore possible d’acquérir des tirages de la collection Genèse. Il nous en reste quelques uns sur notre site Internet. Vous pouvez les commander en ligne, ou tout simplement, venir me voir à mon atelier. Vous pouvez également espérer en trouver sur le second marché, en salle de vente aux enchères. Il faut juste suivre un peu attentivement. Et puis, je crois qu’acquérir un tirage de la collection Genèse, c’est quelque chose de fort. C’est acquérir l’étiologie du projet. L’idée première, l’idée la plus brute, c’est souvent d’ailleurs, des photos qui sont plus dures en termes de lumière, en termes de travail, de contraste. c’est vraiment acquérir l’idée brute qui m’est venue il y a dix ans et que certains ont suivi depuis aujourd’hui, il y a pas mal d’années, qu’ils apprécient et c’est vraiment acquérir l’étiologie de ce projet.

 

 

Érotisée ou diabolisée ? Et si l’on sacralisait la nudité

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Érotisée ou diabolisée ? Et si l’on sacralisait la nudité

Idan vous parle de sa vision de la nudité : rare, éphémère et sacralisée.

La nudité a toujours été au centre des débats sociétaux. Tabou ou source de libération, depuis des siècles le sujet anime les passions. Encore aujourd’hui, dans une société très ouverte, la nudité fait toujours polémique. Idan Wizen, artiste photographe et spécialiste de la photo de nu, nous dévoile sa conception de la nudité : une nudité rare, éphémère et sacralisée.

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Idan Wizen, artiste photographe à Paris depuis maintenant plus de dix ans, est l’auteur du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon. Il a accepté, de répondre à quelques questions afin de nous faire part de son rapport à la nudité et la société d’aujourd’hui.

 

Nous aurions d’abord aimé savoir, quel est le rapport que vous avez entre la nudité et la société d’aujourd’hui ?

Je pense que c’est un rapport très complexe qui va vers deux extrêmes. On est dans une société ou d’un côté, on peut trouver une pornographie omniprésente sur Internet sur les kiosques à journaux. Elle est souvent d’ailleurs, non sollicitée et elle est plus présente qu’elle n’a jamais été. Et en même temps, on est capable de faire un très grand écart, parce que je pense que le corps est de plus en plus tabou.

On a un regain religieux. On a aujourd’hui de plus en plus une part de la société qui interdit la nudité. Si vous regardez sur les réseaux sociaux, par exemple, on ne peut pas montrer les seins nus d’une femme, on va être censuré. Donc, je pense qu’on fait vraiment un grand écart avec une diabolisation du corps et en même temps une pornographie omniprésente.

 

Et du coup, c’est pour cela que tu as décidé de représenter la nudité au travers de ton projet ?

Oui, j’avais envie de montrer un juste milieu. La nudité, non pas érotisé, non pas sexualisé, mais la nudité telle que l’on est, l’état naturel de l’homme à sa naissance, son état le plus primaire. Ça nous permettait de regarder l’être justement au-delà de tout contexte socioculturel. Parce que les vêtements nous positionnent, qu’on le veuille ou non, on va les choisir, on va les mettre et ça va nous donner des informations sur nous. En photographiant des individus justement sortis de ce contexte-là. Je laisse plus de place à l’imaginaire. Ça nous permet aussi, en même temps bien sûr, de travailler sur l’esthétisme du corps, la beauté d’une courbe et justement l’imperfection des corps, des êtres qui viennent. Parce que toutes mes photographies sont réalisées sans retouches, avec des êtres qui n’ont pas été castés.

 

Tu travailles sur ce projet depuis plus de dix ans. Est-ce que, dans ce travail au niveau de la nudité, tu as constaté une évolution ?

Oui, j’ai commencé exactement en 2009, j’ai photographié plus de 2500 personnes à l’heure actuelle. Effectivement, je pense à un changement des mentalités. Principalement sur les jeunes générations, le corps est devenu beaucoup plus tabou. Je crois qu’on les a beaucoup effrayés en leur disant que le nu était mal, le nu était sale, le nu était dangereux, que des photos peuvent circuler d’eux sur Internet, et ça fait peur.

En fait, c’est une question de contexte. Tout dépend de la photographie, si c’est une photographie pornographique ou pas. Si c’est une photographie artistique justement, dans ce que je fais. Mais je pense que l’évolution des mentalités change et les jeunes aujourd’hui ont de plus en plus peur d’être jugés, d’être regardés qu’auparavant.

 

Par rapport à ce constat, les gens qui viennent poser pour ce projet, comment vivent-ils leur nudité ? Et pourquoi est-ce qu’ils font la démarche de participer à ce projet ?

Pourquoi ils font la démarche ? En général, c’est une volonté d’acceptation du corps, de réappropriation, justement, de sortir des clichés qu’on peut avoir de la pub, de la mode. Ceux qui viennent en général ne sont pas forcément les plus à l’aise. Ce sont souvent des personnes qui ne sont pas totalement à l’aise dans leur corps et sont encore relativement pudiques. Il y a vraiment une démarche, on va aller au-delà de ses propres limites, au-delà de ses propres peurs.

En réalité, au bout de quelques minutes, quand on va commencer la séance photo. Les gens oublient, oublient la nudité rapidement et on revient, en fait, à cet état naturel. On oublie que l’on n’a pas de vêtements, on est tout aussi à l’aise qu’habillé. C’est un peu magique, et je crois que les gens, quand je le dis avant, ne me croient pas, et quand ils le vivent, sont vraiment surpris de leur propre réaction et le fait qu’ils aient oublié tout ça.

 

Surprenant ! Si j’ai bien compris, à la fin de ce projet, quand les gens viennent poser, une seule photographie est gardée lors de cette séance. Pourquoi est-ce que tu as choisi de limiter à cette prise unique ?

L’idée pour moi était un peu de sacraliser la mise à nu de chaque individu. On parle d’individus de tous les jours qui ont des métiers comme vous et moi, qui ne sont pas des modèles qui ne sont pas professionnels et donc qui vont dévoiler cette nudité un court instant. Le temps d’une séance photo. Je dirais même, le temps d’une seule photographie.

C’est vraiment un centième de seconde que l’on va conserver. Où ils ont dévoilé cette nudité au monde entier, et sur un seul instant. Elle est au fond extrêmement rare. De cette personne qui vient poser, vous n’aurez qu’une seule photographie de cette séance photo. Une seule image est conservée de cette nudité.

 

Quelles ont pu être les réactions des différents spectateurs ou du public de manière générale par rapport au projet ? Comment ont-ils réagi ?

J’ai de tout. J’ai forcément un biais parce que les gens qui viennent voir l’exposition, qui viennent me parler, sont des gens sensibles à ma démarche, à mon regard sur le corps. Mais globalement, c’est très positif. Ce que je retiens souvent, c’est que ça fait du bien de voir des corps vrais, authentiques, qui ne sont pas retouchés. Des gens avec des défauts, qui sont rendus beaux par ses défauts, par ses imperfections.

Donc, je pense qu’on en oublie rapidement la nudité. Quelqu’un m’a dit, un jour, que je faisais avant tout des portraits de gens nus. J’ai trouvé ça très juste. Je crois que je fais plus de portraits de gens nus que de la photo de nu.

 

Accrocher une œuvre d’art chez soi n’est jamais neutre. Qu’est-ce que ça peut dire sur nous, d’accrocher la photo d’un anonyme nu dans notre salon ?

Je crois que justement, accrocher de l’art, c’est de faire sa déclaration au monde, à ses proches et à son entourage. Ou même, à se le rappeler quotidiennement, ce dont on croit qui nous est cher, ce qui nous est important. Accroché un nu, je pense dans mon travail. Je crois que c’est dire que vous aimez l’humanité dans son unicité et dans sa diversité, que vous aimez l’imperfection du corps, que vous aimez, l’authenticité, la véracité de ces êtres qui sont venus se livrer, c’est leur rendre hommage. C’est, les regarder avec un œil admiratif et bienveillant à la fois. Je crois que c’est ça ce que ça veut dire accrocher un nu chez soi.

Purity : la transcription du dessin à ligne unique en photographie

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Purity : la transcription du dessin à ligne unique en photographie

Découvrez Purity, une collection du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon

Purity, une collection qui fait partie du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, est une série d’images, représentant différentes personnes, dans leur plus simple appareil, sur un fond très simple. Un fond blanc, synonyme de pureté et d’innocence. Sur l’idée derrière la collection, sur les aspects artistiques et techniques, Idan nous en parle plus en détail.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Purity c’est une collection du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, une collection qui comprend 400 photographies de 400 personnes différentes, qui sont venues de poser dans le plus simple appareil, sans artifice, sans retouches, et surtout sans casting. Sans casting ça veut dire que les 400 personnes je les ai pas choisies, elles sont venues avec leur passif, leur âge, leurs morphologies différentes : ce sont, en général, pas des mannequins professionnels, loin de là. Ce sont, pour la plupart, des gens qui posent pour la première fois.

 

Avant tout, peux-tu nous parler du titre de cette collection ? 

Le titre “Purity” est venu d’une idée assez simple. Je voulais montrer que le nu n’était pas forcément diabolisé, sale, comme on le voit beaucoup dans notre société. Je voulais montrer, en fait, un nu très angélique, un nu très proche de l’authenticité du genre humain, son état naturel.

Je voulais montrer une vision du nu, qui était à l’opposition de la vision pornographique des choses, de la vision même érotisante. Je voulais montrer un nu qui était le plus sain possible, dans tous les sens du terme.

 

Pourquoi avoir pris des gens de tous les jours et pas des mannequins ? 

L’idée de prendre des gens de tous les jours, c’est une idée vraie sur l’ensemble des collections du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, c’est pour plusieurs raisons : avant tout, je voulais montrer et souligner l’authenticité du genre humain, montrer sa beauté, son université, sa diversité à la fois. En prenant les mannequins, en faisant des castings sur certaines personnes, je perdais un peu de cette authenticité. Certes, j’avais des gens, peut-être plus à l’aise, quelque chose de plus facile à faire, mais c’était pas là mon propos, c’est pas ce que je voulais dire. 

Et puis, autre chose qui m’intéressait c’est de montrer qu’on pouvait être beau autrement que dans les critères, des stéréotypes de la pub, de la mode. Montrer qu’on pouvait être beau différemment, autrement. Montrer que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, et pas dans des chiffres, des mensurations parfaites. 

 

Pourquoi un fond blanc uni avec un modèle qui se perd dedans ? 

L’idée du fond blanc était pour moi pour de souligner le côté le plus angélique possible. Je voulais avoir quelque chose de très simple, très épuré, presque quelque chose qui ferait penser au divin ou à au-delà. Avoir cette simplicité, ça me permettait de souligner le modèle, avoir ce côté très épuré, me permettait de souligner également le côté propre, le côté vertueux de chaque individu.

Ça me permettait également de jouer en cassant énormément les ombres, en faisant perdre les repères de la gravité. Ça m’a beaucoup amusé de faire les prises de vue d’en haut, d’en bas et de perdre le spectateur, les repères de sens et de gravité de la photo, une photo qu’on pouvait regarder sous différents angles, dans différents sens. On ne sait pas vraiment où était le sol à la prise de vue.   

Et puis, l’idée de faire perdre ses repères, de casser un petit peu les codes de traditionnel de la photo du nu souvent très léchée, très travaillée. Ici je voulais quelque chose qui parle de l’être dans son absolu. Donc, le casser au maximum de tous repères socio-culturels, presque physiques, qu’on peut avoir sur terre.

 

Pourquoi cet effet proche du dessin ? 

Cette idée, proche du dessin, d’avoir un corps tellement exposé, qu’il ne nous restait plus que lignes principales, c’était pour moi toujours cette idée d’exprimer cette simplicité, ce côté très épuré et puis un côté très authentique. Je pense que dans les arts classiques, principalement dans la peinture, on va toujours commencer par une esquisse, par un coup de crayon. On va faire ça généralement avant de mettre la peinture, l’application des couleurs. C’était une étape précédente. Je voulais reprendre l’étiologie de la création d’une œuvre classique et d’en laisser plus que ça, comme si ces photos pouvaient se transformer en esquisse.

 

Peux-tu nous parler de quelques œuvres en particulier ? 

La première œuvre dont j’aimerais vous parler, c’est HB1232, c’est la première œuvre de la collection Purity. Elle me plaît particulièrement, parce que c’est ce que j’avais en tête en imaginant la collection. Ce qu’il faut comprendre c’est que quand je reçois les modèles, je ne sais pas du tout à quoi ils ressemblent, je ne sais pas quel âge ils ont. Je peux deviner éventuellement leur genre par leur prénom, mais ça s’arrête là. Je n’ai absolument aucune information sur eux. 

Et puis, dans cette collection j’avais envie de parler bien sûr de pureté, mais aussi de sagesse, de sérénité. Je trouve que le modèle et la photo qu’on a réalisée ce jour-là correspondent parfaitement. C’est une photo pour moi symboliquement qui me plaît beaucoup. Je trouvais que c’était un joli hasard des choses, que ça soit lui le premier modèle de la collection.

La deuxième photo dont j’ai envie de vous parler est HB1492. C’est une photographie qui n’est pas sans rappeler l’univers de Bottero, qui est aujourd’hui à l’opposé des corps stéréotypés, parfaits. Et pourtant, je la trouve belle. Je la trouve extrêmement graphique. J’aime ses courbes, j’aime son regard qui défie le spectateur à la regarder, à la trouver belle, à s’en inspirer, à se laisser aller. D’ailleurs, vous l’avez juste ici. C’est une photo qui me parle beaucoup. 

La troisième œuvre dont j’ai envie de vous parler est HB1464. C’est une œuvre que j’aime particulièrement pour son graphisme, mais aussi pour toutes ces histoires dans lesquelles on peut se plonger, en allant regarder tous ses tatouages. C’est une photo qui est très esthétisante, j’aime beaucoup la posture de cette jeune femme, son air très defiant, mettant en garde le spectateur de la juger pour tous ses tatouages, mais c’est une oeuvre dont je pense avoir un peu moins de mérite que sur les autres, parce qu’une partie du mérite revient beaucoup aux différents tatoueurs qui ont travaillé sur son corps, qui ont transformé son corps en une oeuvre d’art à part entière. 

 

Comment aimes-tu que cette collection soit exposée ? 

 

Ce que j’aime bien voir sur la collection Purity, quand elle est exposée que ça soit en galerie, en festival, ou chez les particuliers, c’est qu’on peut les mettre de deux manières différentes : soit par une mosaïque de petites œuvres qui vont montrer la diversité de l’humanité. Montrer que chaque être est complémentaire à l’autre, et qu’on peut construire des mosaïques gigantesques avec l’association de ces images, qui rendent vraiment bien, qui font presque comme un carrelage.

Mais de l’autre côté, on peut aussi faire de grandes œuvres. Je fais aussi des tirages qui font jusqu’à 80 x 120 cm. Et là on va pouvoir souligner l’unicité de chaque être, sa beauté, son regard, ses expressions. Je trouve que ce sont des photos qui marchent aussi bien associées ensemble, qu’exposées seules.

 

 

Sanitized : ne plus chercher à plaire. Chercher à ne pas déplaire.

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Sanitized : ne plus chercher à plaire. Chercher à ne pas déplaire.

La crise sanitaire a-t-elle changé notre relation aux autres, à nous, au monde ?

Le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, mis en place en 2009 regroupe différentes collections. L’une d’entre elles nous a interpellée, créée après le premier confinement français, Sanitized nous plonge dans un décor hors du commun et pourtant qui nous parle à tous. Idan nous en dit un peu plus sur cet univers aseptisé.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Sanitized c’est une collection du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, une collection qui respecte les mêmes principes que les autres collections du projet. A savoir des modèles qui n’ont généralement jamais posé, (ni en photo, ni nus), ils ne sont pas castés, (tout le monde peut venir à partir de l’âge de 18 ans), et qui viennent pour une séance photo, où on va garder qu’une seule photographie de chaque individu. Il n’y a pas de retouches, ce sont des photographies authentiques de chacun, elles sont destinées à être faites en œuvre d’art jusqu’à de très grands formats qui font 80 x 120 cm, et qui sont destinées à être exposées, et puis éventuellement aussi bien dans des expositions, que chez les particuliers. 

 

Pour cette collection, tu as mis en place un univers particulier. Peux-tu nous expliquer ton processus de création ?

L’idée de Sanitized est née après le premier déconfinement en France, vers mi-mai. Je me sentais dans l’obligation de parler de cette crise qui a touché l’humanité, mon projet lui-même parlant énormément de l’humanité. Ça me semblait indispensable en tant qu’artiste de l’intégrer dedans et de montrer l’évolution des corps, des attitudes, des êtres dans un nouveau monde, un monde qui connaît maintenant le Covid, et qui connaît une forme de changement d’évolution majeure. 

 

Pourquoi le décor est-il entièrement recouvert de plastique ? 

La première lecture, de mettre des objets en plastique, c’était pour nous un moyen très pratique, très rapide de reparler du Covid, de le révoquer. Le gel hydroalcoolique, ça se voyait pas vraiment en photo, le masque pour moi était vraiment gênant sur le projet, ça n’est pas quelque chose que je voulais faire, et le plastique parlait bien de ce besoin d’aseptisation, lié à la crise sanitaire. 

Mais c’est également un sens plus profond, un sens secondaire que je voulais exprimer, qui était lié à l‘aseptisation de notre société. Non pas sur le plan sanitaire, mais sur le plan culturel, où de plus en plus on se dirige vers une société où tout doit être lisse, de ne pas dépasser, d’être politiquement correct, de ne pas déranger. Une société qu’on essaie de faire qui se doit de déplaire à personne, où tout doit être aussi aseptisé, aussi vide de vie que les bâches plastiques. 

Sur les photos de Sanitized il y a un seul élément qui n’est pas sous plastique, c’est le modèle, parce que c’est lui qui représente encore l’avenir, le destin de l’humanité. C’est lui qui peut être différent, plein d’aspérité, c’est lui qui peut être dans quelque chose de moins standardisé, c’est ce qui crée, à mon sens, la beauté de l’humanité. 

 

On perçoit deux couleurs dominantes : le bleu et l’orange, quelles sont leurs significations ?

Je pense qu’on va dans une société où on essaie de faire que ça soit une société qui ne déplaise à personne. Mon sentiment profond, c’est qu’une société qui ne déplaît à personne, je ne suis pas sûr qu’elle plaise à grand monde. J’ai voulu utiliser ces deux lumières pour créer une dualité. J’estime qu’aujourd’hui socialement on est à la croisée des chemins. On peut se diriger vers une société qui va vers de plus en plus d’aseptisation, et qui va vers une absence de vie, de différence, d’originalité ; ou au contraire, on peut reprendre les choses en main et de recréer de la différence, de la chaleur, de l’énergie et les spécificités de l’humain. 

 

Est-ce que les émotions que l’on perçoit dans cette collection sont directement liées à la crise sanitaire ?

Dans le principe du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon, je voulais créer mon univers, décor et mon expression artistique à travers les lumières, dans chaque collection. Mais je veux garder au maximum l’authenticité de chacun. C’est pour ça que sur les différentes photos de la collection, vous allez voir des gens qui sont plus abattus, des gens qui crient, des gens qui sont heureux, des gens qui sourient. Parce que chacun vient avec son histoire, son passif, avec ses émotions, et c’est ce que j’essaie de retranscrire avec chaque photo, peu importe l’univers, parce que même dans les univers les plus sombres on peut être heureux, dans les univers les plus joyeux on peut être tristes. 

 

Lorsque tu as créé cet univers, as-tu appréhendé la réaction du public ?

C’est une collection très personnelle. J’avais vraiment envie de la faire, je savais que j’exprimais vraiment mon univers et j’avais peur qu’elle plaise pas énormément. J’avais peur que les réactions soient un peu interloquées, et que la nuance des couleurs, l’aspect plastique un peu moribond déplaisent. On n’est pas dans une collection qui parle de glamour, d’esthétisme, de sensualité, mais c’était quand même important pour moi de la faire. 

 

Et du coup, comment ont-ils réagi ?

Ça m’a beaucoup surpris, mais la collection a été très appréciée, autant de la part des modèles qui m’ont dit qu’ils sont venus poser, parce que cette collection leur parlait en particulier, que de nombreux collectionneurs qui ont admiré et qui ont acquis de nombreuses oeuvres, parce que cette collection va avoir une double unicité : l’unicité de mon travail et ma vision des choses bien entendu, mais l’unicité par rapport au temps. Elle s’inscrit dans une époque qui a profondément et durablement bouleversé l’humanité.

 

Qu’est-ce que tu conseillerais à ceux qui découvrent la collection Sanitized

Je pense qu’en règle générale on passe pas assez de temps à regarder les photos. On y va très rapidement, on est dans une époque où on a l’habitude de swiper très rapidement. Moi, je vous conseillerai d’aller en exposition, s’il y en a près de chez vous, ou sur le site internet, et prendre le temps de regarder chaque photo. Passez cinq, dix, quinze secondes sur chaque photo. Regardez un regard, un sourire, une courbe, les détails. Passez à la suivante. Prenez le même temps. Revenez à la précédente. Repassez cinq, dix, quinze secondes. Je crois qu’une œuvre d’art, on ne s’en lasse pas, on apprend à la découvrir, et à être ému par celle-ci.