Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Il nous parle de ses autres projets artistiques

Il est principalement connu pour Un Anonyme Nu Dans Le Salon, le projet artistique qui dure depuis plus de 12 ans. Mais ce n’est pas le seul grand projet réalisé par cet artiste-photographe.

Trois autres projets. Tous très différents. Tous très engagés. Comment partager le temps entre les différents projets et continuer à soulever les problèmes au cœur de notre société

Rencontre avec Idan Wizen, photographe artistique, qui nous raconte les histoires derrière ses autres créations.

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Tête à tête avec l’artiste Idan Wizen

Bonjour, je suis Idan Wizen, artiste plasticien. Vous me connaissez peut-être pour mon travail d’Un Anonyme Nu Dans Le Salon, un projet sur le corps. Aujourd’hui j’aimerais vous parler de mes autres projets artistiques et de mes autres photographies. 

 

Virtual Street Art

Virtual Street Art c’est un projet un peu particulier qui regroupe des photos de la collection Purity du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon. Des photographies, des prises d’architecture urbaine où je fais un travail de composition pour remêler les deux. J’intègre donc les photos de Purity en noir et blanc sur des grands murs comme si elles étaient faites en street art dans la rue. Toute l’idée est de reposer la réflexion sur la place de la nudité dans la sphère publique. Est-ce qu’elle peut être visible aux yeux de tous ? Est-ce qu’elle dérangeante ? Est-ce qu’elle est choquante ?

Voilà un peu la base de Virtual Street Art

 

Est-ce que tu penses que ce projet pourrait être réalisé en vrai un jour ? 

J’adorerais. Je serais ravi de voir mes photographies retravaillées en street art sur des murs en grand format. Malheureusement, étant donné l’évolution de notre société, vers quoi on se dirige, je ne pense pas. Je pense qu’il y a de plus en plus de pudibonderie, de puritanisme. Et en plus, c’est une pudibonderie assez hypocrite. 

J’adorerais, mais je n’y crois pas. En tout cas, pas à court terme selon moi. Après si on me le propose – avec plaisir. 

 

The World We Left Them

Une autre collection que j’ai réalisée s’appelle The World We Left Them. Ce sont des portraits d’enfants, principalement réalisés en très grand format, comme on peut le voir derrière moi. Le tirage derrière moi fait 1m20 x 1m20.

Toute l’idée dans ce travail c’est une réflexion sur des générations à venir, sur des générations futures et le monde qu’on va leur laisser

Ils représentent pour moi les enfants à naître, les enfants à venir qui vont nous questionner sur ce qu’on a fait, sur nos responsabilités collectives, aussi bien sur le plan environnemental, social, sur l’ensemble d’aspects dans notre société où, des fois, on va gérer des choses d’une manière très concrète pour l’instant présent, sans forcément penser au futur et aux générations à venir. 

 

Quelle est l’importance des titres ? Elles font partie intégrale de la série ? 

Oui, pour chaque photo de The World We Left Them les titres sont vraiment importants, ils font vraiment partie de l’œuvre à part entière. Ce sont des titres très forts, très engagés, un peu les reproches que ces générations futures pourraient nous faire. 

Don’t let me starve : c’est une vraie réflexion sur la surpopulation, sur la gestion de la nourriture, sur le gâchis alimentaire. C’est cet enfant qui, dans trente, cinquante ou cent ans, je ne sais pas, se plaindera envers nous, comme si on pouvait faire ce dialogue intergénérationnel. 

Les titres sont vraiment importants et fondamentaux dans cette collection. Pour moi il ne peuvent pas être différenciés de l’œuvre, ils en font autant la partie de la photo en elle-même. 

 

L’objectif, c’est de faire changer les choses ? 

Changer les choses, je ne sais pas. J’aimerais, mais je pense que les choses on ne les change pas simplement, facilement, juste en décrétant. Ce que j’essaie c’est de proposer une prise de conscience, de réflexion, d’intellectualisation du problème pour commencer à avoir une piste de réflexion, de réformes, de mesures, de choses concrètes à faire, pour faire avancer

Les thèmes abordés sont très larges et on va aussi bien du plan sociétal, économique au plan écologique. Je n’ai certainement pas la solution miracle en claquant des doigts. Souvent, quand on pense avoir une solution miracle, en fait, elle est très néfaste sur d’autres plans

Effectivement, j’aimerais faire changer les choses, mais je sais aussi que c’est complexe, il faut y aller avec modération, réflexion, et  puis avec le temps, sans précipice non plus, de pousser à la réflexion, à la prise de conscience en tout cas. 

 

Te considères-tu comme un artiste engagé ? 

Un artiste engagé, je ne sais pas trop. Je ne suis pas certain de savoir ce que ça veut dire pour moi. L’artiste est là avant tout pour exprimer des idées, une vision des choses qui lui est propre, une vision différente. 

Je ne suis pas certain qu’on puisse avoir de l’art contemporain sans engagement, sans prise de position, même si c’est une prise de position qui peut être très consensuelle.

La réponse est oui et non. En tout cas, je crois qu’il ne faut pas être extrémiste dans ses prises de position, il faut vraiment regarder les deux faces d’une pièce et avoir toujours des propositions relativement mesurées, en prenant conscience de beaucoup de choses, de tous les facteurs que cela implique. 

Donc, oui et non. 

 

Into The Box

La collection Into The Box est une collection qui a été réalisée pendant le deuxième confinement français. Avoir l’habitude des confinements, c’est là où il fallait bien qu’on s’occupe. On ne pouvait pas faire d’expositions, on ne pouvait pas recevoir de modèles au studio, donc on a eu envie de réaliser cette collection. C’est une collection qui, bien sûr, parle de l’étouffement que l’on peut subir avec le confinement, aussi bien, bien sûr, dans le travail, mais aussi dans la vie de tous les jours, ne pas pouvoir sortir au restaurant. Je crois que tous les français et la plupart des gens dans le monde ont connu cette situation qui était inédite et très complexe.  

C’est pas ton habitude, mais tu apparais sur la photo ? 

Oui, oui effectivement, vous m’avez certainement reconnu, l’homme qui apparaît sur les photos d’Into The Box c’est moi. En général, c’est vrai que je suis plutôt à l’aise derrière l’objectif que devant, mais ici j’avais envie d’apparaître pour deux raisons. Premièrement, très concrètement et très pragmatiquement, c’était très compliqué de recevoir du monde à cause du confinement et donc je faisais bien le faire. 

La deuxième chose aussi, pourquoi ça ne me dérangeait pas d’apparaître sur ces photos, c’est parce que le confinement, l’étouffement lié à tout ça, je l’ai vécu comme n’importe qui. Donc je me sentais capable de pouvoir représenter les sentiments, les expressions, les émotions que je voulais faire passer à travers cette collection.

 

Qui sont les 3 autres modèles présents sur les photos ?

Les trois jolies filles qui apparaissent avec moi sur les photos, ce sont en fait mes collaboratrices. Ce ne sont pas du tout des modèles, ce sont les trois personnes qui m’aident à travailler au studio, aussi bien sur la communication, que sur la logistique. Et justement pour ne pas faire venir des modèles, on était en période de confinement, donc on était tous les quatre à travailler dans le studio et elles-mêmes, tout comme moi, avaient ressenti ce sentiment d’oppression par le confinement, ce sentiment d’étouffement. On s’est amusé tous les quatre à devenir les modèles le temps de réaliser cette collection. 

Je suis ravi du résultat et je les remercie pour la participation à ce beau projet. 

 

Est-ce qu’il y a une double lecture ?

Oui, effectivement, en parlant de cette boîte, c’est une métaphore clairement au confinement, mais pas uniquement. Le confinement nous a extrêmement privé de liberté pour des raisons sanitaires, même si ça peut s’allonger et ça reste temporaire. Ça reste des décisions qui vont au-delà des décisions, des réflexions sociales.

Je trouvais ça important symboliquement de parler également de cette mise en boîte des gens. On va les caractériser de plus en plus. On va dire que tel ou tel doit faire ceci, doit faire cela. On regarde beaucoup plus les gens pour ce qu’ils sont, plutôt que ce qu’ils font. C’est un peu un reproche à la société actuelle, qui veut se battre pour plus de justice sociale, mais en même temps va vraiment cloisonner les personnalités dans des schémas de pensées préétablis.

Ça symbolise également tout ça cette collection. Cette volonté qu’on a de casser des murs, de sortir de la boîte, de ne pas se laisser étouffer, et de montrer que chaque individu est une personne complexe, avec son histoire, son passé, son avenir, ses aspirations, ses peurs. Et qu’on est bien loin juste d’une étiquette que c’est une femme ou un homme, qu’il va être ratialisé ou pas. 

Je pense qu’on a toujours quelque chose de beaucoup plus complexe et c’est dommage de limiter généralement les gens et de les mettre dans les boîtes

 

Où trouver ces photos ?

Ce que je vous conseille avant tout, c’est d’aller les voir en exposition. Vous pouvez aller sur mon site internet pour voir la liste des expositions à venir, aussi bien en France que dans le monde. Donc s’il y en a près de chez vous, n’hésitez pas. Je crois que de les voir en vrai c’est vraiment différent. Et si vous ne pouvez pas attendre une prochaine exposition, vous pouvez toujours les voir sur notre site internet, et puis éventuellement dans votre salon, en les commandant directement sur la boutique en ligne.